Conférence Internationale Catholique du Guidisme

Méditations - Week-end 19-20 décembre 1998

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Jean Debruynne

Evangile Luc 1, 5-25

Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d'Abia. Sa femme aussi était descendante d'Aaron  elle s'appelait Elisabeth. Tous les deux vivaient comme des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable. Ils n'avaient pas d'enfants, car Elisabeth était stérile, et tous deux étaient âgés.

Or, tandis que Zacharie, au jour fixé pour les prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l'usage liturgique, pour aller offrir l'encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute l'assemblée du peuple se tenait dehors en prière à l'heure de l'offrande de l'encens. L'Ange du Seigneur lui apparut debout à droite de l'autel de l'encens. En le voyant, Zacharie fut bouleversé et saisi de crainte.

L'Ange lui dit : " Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été entendue : ta femme Elisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Jean. Tu seras dans la joie et l'allégresse, beaucoup d'hommes se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès avant sa naissance  il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur avec l'esprit et la puissance du prophète Elie, pour faire revenir le c_ur des pères vers leurs enfants, convertir les rebelles à la sagesse des hommes droits, et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir ".

Mais Zacharie dit à l'Ange : " Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, je suis un vieil homme, et ma femme aussi est âgée ". L'Ange lui répondit : " Je suis Gabriel  je me tiens en présence de Dieu, et j'ai été envoyé pour te parler et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. Mais voici que tu devras garder le silence et tu ne pourras plus parler jusqu'au jour où cela se réalisera, parce que tu n'as pas cru à mes paroles : elles s'accompliront lorsque leur temps viendra ".

Le peuple attendait Zacharie et s'étonnait de voir qu'il restait si longtemps dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire. Il leur faisait des signes, car il demeurait muet. Lorsqu'il eut achevé son temps de service au temple, il repartit chez lui.

Quelque temps plus tard, sa femme Elisabeth devint enceinte. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle disait : " Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu'il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes ".

Méditation

Je ne voudrais pas que cette méditation puisse peser sur votre liberté. Ma tâche est plus de mettre votre liberté en action devant votre responsabilité que d'orienter votre travail.
Pour avoir plus d'honnêteté par rapport à moi-même, je ne suis pas allé chercher un texte particulier, j'ai choisi le texte d'aujourd'hui. Evangile de Luc au chapitre 1, 5-25.

Il s'agit de l'annonciation à Zacharie qui est un prêtre. Il est vieux, sa femme est vieille. Ils n'ont pas d'enfant. Cela est dramatique car la charge de prêtre se transmet de père en fils. Elisabeth, la femme de Zacharie est stérile. Quand Zacharie est dans le temple pour accomplir son sacrifice de l'encens, voilà qu'un ange vient le visiter et l'ange lui dit, n'aies pas peur, tu vas avoir un fils. Mais Zacharie est dans le doute, il dit comment est-ce que je vais savoir que cela va arriver ? Zacharie s'entend dire par l'ange : puisque tu veux un signe, je vais t'en donner un. Désormais tu seras muet. Il perd la parole. C'est le silence qui prend la parole. Mais quelques mois plus tard sa femme est enceinte, et elle garde le secret parce que c'est une vieille femme et que dans le village tout le monde va rigoler d'elle. Mais à l'intérieur d'elle-même, elle se dit, voilà ce que le Seigneur a fait pour moi lorsqu'il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes.

Vous savez que l'Evangile, tous les Evangiles, ont été écrits à l'envers, ils ont été écrits en commençant par la fin. L'événement de la foi a été la mort et la résurrection de Jésus. C'est plus tard qu'on s'est occupé de la naissance de Jésus.

Vous savez bien, quand un grand homme meurt on se préoccupe d'abord de l'événement de sa mort, c'est après seulement que sortent les livres sur sa vie.

A ce moment là les premières communautés chrétiennes ont des questions, des doutes. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les chrétiens ont des doutes sur eux-mêmes. Les premiers chrétiens se posent la question : qui est le messie ?

Il y a à ce moment là des chrétiens qui disent, le messie c'est Jean-Baptiste et d'autres qui disent le messie, c'est Jésus.

Tout le début de l'Evangile de Luc va mettre en scène les deux enfants et les deux personnages. Vous vous souvenez que c'est au moment du baptême de Jésus que Jean-Baptiste dit, ce n'est pas moi c'est lui.

Vous pouvez faire un parallèle entre l'annonciation à Zacharie et l'annonciation à Marie.

L'ange vient voir le père de Jean-Baptiste. Le même ange vient voir la mère de Jésus. Le père de Jean-Baptiste est un prêtre, c'est un homme de l'Institution, un homme qui est dans la religion.

Zacharie est en peine parce qu'il n'a pas d'enfant donc pas de successeur. Il finit par avoir un enfant Jean mais qui justement ne sera pas prêtre, il sera prophète. La mère de Jésus, par son mariage avec Joseph, sera d'une lignée prestigieuse, la lignée de David. Mais c'est une royauté passée. Joseph est charpentier et Jésus naîtra dans une étable.

Zacharie doute : comment je saurai que tout cela va arriver ? Marie pose un acte de foi malgré sa question comment pourrai-je avoir un enfant puisque je ne connais pas d'homme ?
Vous pouvez continuer à mettre ces deux récits l'un à côté de l'autre.

La première chose que nous avons à retenir pour aujourd'hui : dans un récit comme dans l'autre, c'est toujours Dieu qui entre dans l'histoire des hommes. Ce que nous avons à faire ensemble aujourd'hui, à éclairer : comment est-ce qu'aujourd'hui par le guidisme, Dieu entre dans l'histoire des hommes ?

Dieu a plusieurs chemins pour entrer dans l'histoire. Que l'un passe par le chemin de l'Institution, du temple comme l'Ange de Zacharie, ou que l'on passe par le chemin des pauvres avec Marie, le chemin est toujours inattendu, toujours une surprise. Il n'y a vraiment plus d'espoir que Zacharie et Elisabeth aient un enfant. C'est trop tard. Et il n'y a aucun espoir que Marie ait un enfant, elle le dit elle-même.

Je pense que là, nous sommes convoqués aujourd'hui à franchir une frontière.
Le guidisme aujourd'hui doit franchir la barrière de l'impossible. Il n'y a plus d'espoir, donc on le fait.
Je dirais, en plus, qu'en entrant dans l'histoire, Dieu engendre la différence.

L'histoire ne rabâche jamais. Chaque époque est une différence et Dieu ne bafouille pas, ne rabâche pas non plus.

Chaque époque de l'histoire est une parole nouvelle. Et nous sommes ce matin responsables de la nouveauté de cette parole. Nous ne sommes pas là pour maintenir, pour que le passé nous survive. Nous sommes là pour engendrer l'avenir. C'est pourquoi cette rencontre est si importante.

Vous qui êtes responsables, qu'est-ce que vous voyez de l'avenir du guidisme comme signes, vous en France, en Italie, en Catalogne, en Pologne ?
Il s'agit ici, non pas d'arriver à un consensus, une unanimité, il s'agit d'éclairer nos libertés, nos choix car chacun est responsable de ses choix.
Ce que nous pourrions nous dire demain soir en partant : voilà ce que le Seigneur a fait pour moi. Merci !

 

Matthieu 1, 18-24

Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph  or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint.

Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement  il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : " Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint  elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : " le Seigneur sauve "), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ".

Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : " Dieu-avec-nous ".

Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Homélie

Dans l'Evangile de Matthieu, c'est Joseph qui reçoit une annonciation. Joseph est un pauvre, c'est un silencieux. On a eu beau chercher dans tous les manuscrits, les documents, on n'a jamais trouvé une parole de Joseph.
Mais Joseph est un lointain descendant de David. Et celui qui doit venir doit être de la maison de David. Dieu etl'esprit de Dieu trouveront toujours des chemins pour dire ce qu'ils ont à dire. Jésus n'est pas le fils de Joseph mais le fils de David. C'est la dépossession, la pauvreté de Joseph qui feront que Jésus sera le fils de David.
Selon la loi, Joseph aurait du livrer Marie, la dénoncer pour qu'elle soit lapidée. Vous vous rappelez de la femme adultère ! Mais Joseph a quelque chose qu'on a perdu, quelque chose qui nous manque tant aujourd'hui, c'est le respect de la personne.

Aujourd'hui où le procès vient d'être décrété contre Bill Clinton, aujourd'hui où nous sortons d'une nuit où il y a eu des morts en Irak, Joseph est là, le pauvre qui protège Marie.

Le respect de la personne : est-ce que ça n'est pas un point fondamental de l'éducation guide ? Les yeux, les mots, les gestes qui respectent la personne.

Joseph qui n'est rien, c'est lui qui va donner le nom de Jésus. Dieu le charge de donner un nom à son fils. Vous savez ce que cela veut dire que donner un nom : donner un nom ce n'est pas seulement écrire sur le registre de l'Etat civil. Donner un nom c'est en même temps faire exister. Je vais être appelé par ce nom là. Je vais exister aux yeux des autres par ce nom. Ce nom ce sera moi.En même temps, donner un nom c'est donner une vocation. Vous savez bien que notre nom fait ce que nous sommes. La bible est très attentive à cela, elle donne un sens à chaque nom. Elle donne une vocation à chaque nom. La culture occidentale a perdu cette grâce du nom qui dit ce que je suis appelé à être.

Je crois que la pédagogie guide doit être capable de donner un nom à la personne.
La pédagogie guide doit être capable de nommer l'enfant et surtout l'adolescente. Chez les guides, l'enfant ou l'adolescente doit pouvoir dire j'ai été appelé(e) par mon nom.

Le nom que Dieu demande à Joseph de donner à Jésus, c'est Emmanuel " Dieu-avec-nous ".
Ce n'est pas Dieu avec nous pour gagner la guerre, c'est Dieu avec nous pour les hommes.
C'est le Dieu humain, le Dieu humanisé c'est-à-dire, Dieu fait homme.

Il me semble que c'est la vocation même du guidisme, celle d'humaniser.
La foi chrétienne ne nous invite pas à nous évader des choses de la terre pour nous installer dans les choses du ciel.
Nous autres, nous marchons sur la terre. Nous avons les pieds sur la terre. Nous autres, nous avons mal au dos.
Dieu est humain. Il est là avec nous. Dieu ne nous propose pas une évasion mais nous propose une vie. Dieu se fait homme et si nous voulons trouver Dieu, prier Dieu, il faut que nous allions en pèlerinage chez les hommes.

Quand l'ange dit tu l'appelleras Emmanuel, cela veut dire désormais le lieu sacré, le temple, désormais la montagne sacrée c'est l'homme. Il me semble que pour nous chrétiens dans le guidisme, c'est là qu'est le chemin.

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