La perspective définie par le grand Apôtre met en évidence une vérité
fondamentale: la paix est
le résultat d'une longue et exigeante bataille, qui est
gagnée quand le mal est vaincu par le bien.
Face aux scénarios dramatiques d'affrontements
fratricides et violents qui se déroulent en
plusieurs parties du monde, face aux souffrances
indicibles et aux injustices qui en résultent,
le seul choix vraiment constructif est de fuir le
mal avec horreur et de s'attacher au
bien (cf.Rm 12,9), comme le suggère encore
saint Paul.
La paix est un
bien à promouvoir par le bien: elle est un bien pour les personnes, pour
les
familles, pour les Nations de la terre et pour
l'humanité entière; elle est donc un bien à garder
et à entretenir par le choix du bien et par des actions
bonnes. On comprend alors la profonde
vérité d'une autre maxime de saint Paul: « Ne rendez
à personne le mal pour le mal »
(Rm 12,17). La seule manière de sortir du
cercle vicieux du mal pour le mal, c'est d'accueillir
la parole de l'Apôtre: « Ne te laisse pas vaincre
par le mal, mais sois vainqueur du mal
par le bien » (Rm 12,21).
Le mal, le
bien et l'amour
2. Depuis les
origines, l'humanité a connu la tragique expérience du mal, et elle a
cherché
à en trouver les racines et à en expliquer les causes.
Le mal n'est pas une force anonyme qui
agit dans le monde en vertu de mécanismes déterministes
et impersonnels. Le mal passe par
la liberté humaine. C'est justement cette faculté, qui
distingue l'homme de tous les autres êtres
vivants sur terre, qui est au centre du drame du mal et
qui lui est constamment liée. Le mal a
toujours un visage et un nom: le visage et le nom
des hommes et des femmes qui le
choisissent librement. L'Écriture sainte enseigne que,
aux commencements de l'histoire, Adam
et Ève se révoltèrent contre Dieu et qu'Abel fut tué
par son frère Caïn (cf. Gn 3-4). Ce furent
les premiers choix erronés, suivis d'innombrables
autres au cours des siècles. Chacun d'eux
porte en lui une connotation morale essentielle,
qui implique une responsabilité précise de la
part du sujet et qui met en cause les relations
fondamentales de la personne avec Dieu, avec
les autres et avec la création.
Si l'on en cherche
les composantes profondes, le mal est, en définitive, un renoncement
tragique aux exigences de l'amour(1). À l'inverse,
le bien moral naît de l'amour, il se manifeste
comme amour et il est tourné vers l'amour. Ce propos
est particulièrement clair pour le chrétien,
qui sait que la participation à l'unique Corps mystique
du Christ le situe dans un rapport
particulier non seulement avec le Seigneur, mais aussi
avec ses frères. Si l'on en tire toutes les
conséquences, la logique de l'amour chrétien, qui dans
l'Évangile constitue le cœur en action
du bien moral, va jusqu'à l'amour des ennemis:
« Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger: s'il a
soif, donne-lui à boire » (Rm 12,20).
La «
grammaire » de la loi morale universelle
3. Regardant la
situation actuelle du monde, on ne peut que constater un déferlement
impressionnant de multiples manifestations sociales
et politiques du mal: du désordre
social à l'anarchie et à la guerre, de l'injustice à la
violence contre autrui et à sa suppression.
Pour trouver son chemin entre les appels opposés du
bien et du mal, il est nécessaire et urgent
pour la famille humaine de mettre à profit le
patrimoine commun des valeurs morales, reçu
comme un don de Dieu lui-même. C'est pourquoi, à ceux
qui sont déterminés à vaincre le mal
par le bien, saint Paul adresse l'invitation à
entretenir les attitudes nobles et désintéressées
de la générosité et de la paix (cf. Rm
12,17-21).
Il y a dix ans, en
parlant devant l'Assemblée générale des Nations unies de l'engagement
commun au service de la paix, j'avais fait référence à
la « grammaire » de la loi morale
universelle(2), rappelée par l'Église dans ses
multiples enseignements sur ce sujet. Inspirant
des valeurs et des principes communs, cette loi unit
les hommes entre eux, même dans la
diversité de leurs cultures, et elle est immuable: «
Elle subsiste sous le flux des idées et des
mœurs et en soutient le progrès. Même si l'on renie
jusqu'à ses principes, on ne peut pas la
détruire ni l'enlever du cœur de l'homme. Toujours elle
resurgit dans la vie des individus et
des sociétés »(3).
4. Cette
grammaire commune de la loi morale nous impose de nous engager
toujours et
de manière responsable pour faire en sorte que la vie
des personnes et des peuples soit
respectée et promue. À sa lumière, on ne peut que
stigmatiser avec vigueur les maux de
caractère social et politique qui affligent le
monde, surtout ceux qui sont provoqués par les
explosions de la violence. Dans ce contexte,
comment ne pas penser au cher Continent
africain, où perdurent des conflits qui ont
fait et qui continuent de faire des millions de
victimes? Comment ne pas évoquer la dangereuse
situation de la Palestine, la Terre de
Jésus, où l'on ne parvient pas à renouer, dans la
vérité et la justice, les fils de la compréhension
mutuelle, cassés par un conflit nourri chaque
jour de manière plus préoccupante par des
attentats et des vengeances? Et que dire du phénomène
tragique de la violence terroriste, qui
semble pousser le monde entier vers un avenir de
peur et d'angoisse? Enfin, comment ne pas
constater avec amertume que le drame irakien se
prolonge malheureusement dans des situations
d'incertitude et d'insécurité pour tous?
Afin de parvenir au
bien de la paix, il faut affirmer, avec une conscience lucide, que la
violence
est un mal inacceptable et qu'elle ne résout jamais les
problèmes. « La violence est un
mensonge, car elle va à l'encontre de la vérité de
notre foi, de la vérité de notre humanité. La
violence détruit ce qu'elle prétend défendre: la
dignité, la vie, la liberté des êtres humains »(4).
Il est donc indispensable de promouvoir une grande
opération d'éducation des consciences,
qui enseigne le bien à tous, surtout aux nouvelles
générations, leur ouvrant l'horizon de
l'humanisme intégral et solidaire, que l'Église
indique et souhaite. Sur ces bases, il est
possible de donner vie à un ordre social, économique et
politique qui tienne compte de la dignité,
de la liberté et des droits fondamentaux de toute
personne.
Le bien de la paix
et le bien commun
5. Pour promouvoir
la paix, en étant vainqueur du mal par le bien, il faut s'attacher avec une
particulière attention au bien commun(5)et
à ses manifestations sociales et politiques. En
effet, lorsque, à tous les niveaux, on cultive le bien
commun, on cultive la paix. La personne
peut-elle donc se réaliser pleinement en faisant
abstraction de sa nature sociale, c'est-à-dire de
son être « avec » et « pour » les autres? Le bien
commun la concerne de près. Toutes les
formes d'expression de la vie humaine en société
la concernent: la famille, les groupes, les
associations, les villes, les régions, les États,
les communautés de peuples et de Nations.
Tous, en quelque sorte, sont impliqués dans
l'engagement pour le bien commun, dans la
recherche constante du bien d'autrui comme s'il
était le sien. Cette responsabilité revient en
particulier à l'autorité politique, à tous les
niveaux de son exercice, parce qu'elle est appelée
à créer un ensemble de conditions sociales qui
permettent et favorisent pour tout être humain le
développement intégral de sa personnalité(6).
Le bien commun
exige donc le respect et la promotion de la personne et de ses droits
fondamentaux, de même que, dans une perspective
universelle, le respect et la promotion des
droits des Nations. Le Concile Vatican II déclare à ce
sujet: « De l'interdépendance toujours
plus étroite qui peu à peu s'étend au monde entier il
résulte que le bien commun [...] prend
aujourd'hui une dimension de plus en plus universelle
et que, par conséquent, il comporte des
droits et des devoirs qui regardent tout le genre
humain. Tout groupe doit donc tenir compte des
besoins et des légitimes aspirations des autres
groupes, bien mieux, du bien commun de toute
la famille humaine »(7). Le bien de l'humanité entière,
et cela vaut également pour les générations
futures, requiert une vraie coopération internationale,
à laquelle chaque Nation doit apporter
son concours(8).
Toutefois, des
visions résolument réductrices de la réalité humaine transforment le bien
commun
en un simple bien-être socio-économique, privé
de toute finalité transcendante, et le dépouillent
de sa plus profonde raison d'être. Le bien commun,
au contraire, revêt aussi une dimension
transcendante, parce que Dieu est la fin ultime de
ses créatures(9). De plus, les chrétiens
savent que Jésus a mis en pleine lumière la réalisation
du vrai bien commun de l'humanité.
Cette dernière est en marche vers le Christ et
c'est en Lui que culmine l'histoire: grâce à
Lui, par Lui et pour Lui, toute réalité humaine
peut être conduite à son plein
accomplissement en Dieu.
Le bien de la
paix
et l'usage des biens de la terre
6. Puisque le bien
de la paix est étroitement lié au développement de tous les peuples, il est
nécessaire de tenir compte des implications éthiques
de l'usage des biens de la terre. Le
Concile Vatican II a opportunément rappelé que « Dieu a
destiné la terre et tout ce qu'elle
contient à l'usage de tous les hommes et de tous les
peuples, en sorte que les biens créés
doivent être mis en abondance à la disposition de tous,
de façon équitable, sous la conduite
de la justice, dont la charité est la compagne »(10).
L'appartenance à la
famille humaine confère à toute personne une sorte de citoyenneté
mondiale, lui donnant des droits et des devoirs,
les hommes étant unis par une communauté
d'origine et de destinée suprême. Il suffit qu'un
enfant soit conçu pour qu'il soit titulaire de
droits, qu'il mérite attention et soins, et que chacun
ait le devoir d'y veiller. La condamnation
du racisme, la protection des minorités, l'assistance
aux réfugiés, la mobilisation de la
solidarité internationale envers les plus nécessiteux,
ne sont que des applications cohérentes
du principe de la citoyenneté mondiale.
7. De nos jours, le
bien de la paix doit être envisagé en étroite relation avec les nouveaux
biens provenant de la connaissance scientifique et
du progrès technique. Et ceux-ci, en
application du principe de la destination universelle
des biens de la terre, doivent être mis
au service des besoins primordiaux de l'homme. Des
initiatives opportunes au niveau
international peuvent permettre de mettre pleinement en
œuvre le principe de la destination
universelle des biens, garantissant à tous —individus
et nations— les conditions fondamentales
pour participer au développement. Cela devient possible
si l'on abat les barrières et les
monopoles qui maintiennent de nombreux peuples en marge
du développement(11).
Le bien de la paix
sera mieux garanti si la communauté internationale prend soin, avec un
plus grand sens de sa responsabilité, des biens que
l'on reconnaît communément comme des
biens publics. Il s'agit des biens dont jouissent
automatiquement tous les citoyens, sans
avoir opéré de choix précis en la matière. C'est par
exemple le cas, au niveau national, pour
des biens tels que le système judiciaire, le système de
défense, le réseau autoroutier ou
ferroviaire. Dans le monde, totalement pris aujourd'hui
par le phénomène de la mondialisation,
les biens publics sont toujours plus nombreux à revêtir
un caractère global et, par
conséquent, ils augmentent aussi de jour en jour les
intérêts communs. Qu'il suffise de penser
à la lutte contre la pauvreté, à la recherche de la
paix et de la sécurité, à la préoccupation
concernant les changements climatiques, au contrôle de
la diffusion des maladies.
La communauté internationale doit répondre à de tels
intérêts par un réseau toujours plus
élargi d'accords juridiques, capable de réglementer
la jouissance des biens publics,
s'inspirant des principes universels de l'équité et de
la solidarité.
8. Le principe de
la destination universelle des biens permet, en outre, d'affronter de
manière
appropriée le défi de la pauvreté, tenant compte
par-dessus tout des conditions de misère
dans lesquelles vivent encore un milliard d'êtres
humains. Au début du nouveau millénaire,
la communauté internationale s'est fixée comme objectif
prioritaire de diviser ce nombre
par deux avant 2015. L'Église soutient et encourage un
tel engagement, et elle invite ceux
qui croient au Christ à manifester, de manière concrète
et en tout lieu, un amour
préférentiel pour les pauvres(12).
Le drame de la
pauvreté apparaît encore étroitement lié à la question de la dette
extérieure
des pays pauvres. En dépit des progrès
significatifs jusqu'alors accomplis, la question n'a
toujours pas trouvé de solution appropriée. Quinze
années se sont écoulées depuis que j'ai
rappelé l'attention de l'opinion publique sur le fait
que la dette extérieure des pays pauvres
était « intimement liée à un ensemble d'autres
problèmes, parmi lesquels l'investissement
étranger, le fonctionnement équitable des plus grandes
organisations internationales, le prix
des matières premières, etc. »(13). Les récents
mécanismes pour la réduction des dettes,
davantage centrés sur les exigences des pauvres, ont
sans aucun doute amélioré la qualité de
la croissance économique. Cependant, en raison
d'une série de facteurs, cette dernière se
révèle quantitativement encore insuffisante, en
particulier en vue de rejoindre les objectifs
établis au début du millénaire. Les pays pauvres
restent prisonniers d'un cercle vicieux: les
bas revenus et la croissance lente limitent l'épargne,
et, de ce fait, la faiblesse des
investissements et l'emploi inefficace de l'épargne ne
favorisent pas la croissance.
9. Comme l'a
affirmé le Pape Paul VI et comme je l'ai moi-même rappelé, l'unique remède
vraiment efficace pour permettre aux États d'affronter
la dramatique question de la pauvreté
est de leur fournir les ressources nécessaires,
moyennant des financements extérieurs
—publics et privés— consentis à des
conditions accessibles, dans le cadre de rapports
commerciaux internationaux basés sur le principe de
l'équité(14). Une mobilisation morale
et économique est rendue particulièrement
nécessaire, mobilisation d'une part respectueuse
des accords pris en faveur des pays pauvres, mais
d'autre part disposée à revoir les accords
que l'expérience aurait fait apparaître trop onéreux
pour certains pays. Dans cette
perspective, il paraît souhaitable et nécessaire de
donner un nouvel élan à l'aide publique
au développement, et d'explorer, malgré les
difficultés que ce parcours peut présenter, les
propositions de nouvelles formes de financement au
développement(15). Certains
gouvernements sont déjà sur le point d'évaluer
attentivement les mécanismes prometteurs
allant dans cette direction, initiatives significatives
à promouvoir de manière authentiquement
concertée et dans le respect du principe de
subsidiarité. Il faut contrôler que la gestion des
ressources économiques destinées au développement des
pays pauvres répond aux critères
rigoureux d'une bonne administration, tant de la part
des donateurs que des destinataires.
L'Église encourage et apporte son soutien à ces
efforts. Qu'il suffise de citer, par exemple,
la précieuse contribution effectuée grâce aux
nombreuses agences catholiques d'aide et de
développement.
10. À la fin du
Grand Jubilé de l'An 2000, dans la Lettre apostolique Novo millennio
ineunte,
j'ai évoqué l'urgence d'une nouvelle imagination de
la charité(16) pour répandre dans le
monde l'Évangile de l'espérance. Cela est
particulièrement vrai lorsque nous nous approchons
des nombreux et délicats problèmes qui entravent le
développement du continent
africain : pensons aux nombreux conflits armés, aux
pandémies rendues plus dangereuses
par les conditions de misère, à l'instabilité politique
à laquelle est associée une insécurité
sociale diffuse. Ce sont des réalités tragiques qui
réclament un chemin radicalement
nouveau pour l'Afrique: il est nécessaire de faire
naître de nouvelles formes de solidarité,
au niveau bilatéral et multilatéral, avec un
engagement plus déterminé de tous, dans la
pleine conscience que le bien des peuples africains
représente une condition indispensable
pour la réalisation du bien commun universel.
Puissent les
peuples africains devenir les protagonistes de leur destinée et de leur
développement culturel, civil, social et économique!
Que l'Afrique cesse d'être seulement
objet d'assistance, pour devenir sujet responsable
d'échanges convaincus et productifs!
Pour atteindre de tels objectifs, une nouvelle culture
politique est rendue nécessaire,
spécialement dans le domaine de la coopération
internationale. Encore une fois, je voudrais
rappeler que le non-respect des promesses réitérées
concernant l'aide publique au
développement, ainsi que la question encore
pendante du poids de la dette internationale
des pays africains et l'absence d'une considération
particulière de ces pays dans les rapports
commerciaux internationaux, constituent de graves
obstacles à la paix; ces questions doivent
donc être affrontées et résolues de manière urgente.
Pour parvenir à la paix dans le monde,
aujourd'hui plus que jamais, il faut considérer comme
déterminante et décisive la conscience
de l'interdépendance entre pays riches et pays pauvres,
pour lesquels « ou bien le
développement devient commun à toutes les parties du
monde, ou bien il subit un processus
de régression même dans les régions marquées par un
progrès constant »(17).
Universalité du
mal et espérance chrétienne
11. Face aux
nombreux drames qui affligent le monde, les chrétiens confessent avec une
humble confiance que seul Dieu rend l'homme et les
peuples capables de dépasser le mal
pour parvenir au bien. Par sa mort et sa résurrection,
le Christ nous a obtenu la Rédemption
et il a « payé le prix de notre rachat » (1 Co
6,20; 7,23), obtenant le salut pour la multitude.
Avec son aide, il est donc possible à tous de
vaincre le mal par le bien.
S'appuyant sur la
certitude que le mal ne prévaudra pas, le chrétien nourrit une invincible
espérance, qui le soutient dans la promotion de la
justice et de la paix. Malgré les péchés
personnels et sociaux qui marquent l'agir humain,
l'espérance permet un élan sans cesse
renouvelé de l'engagement pour la justice et pour la
paix, avec une ferme confiance dans la
possibilité de bâtir un monde meilleur.
Même si le «
mystère de l'impiété » est présent et est à l'œuvre dans le monde (cf. 2
Th 2,7),
il ne faut pas oublier que l'homme racheté a en lui
suffisamment d'énergies pour s'y opposer.
Créé à l'image de Dieu et racheté par le Christ qui «
s'est en quelque sorte uni à tout
homme »(18), ce dernier peut coopérer activement au
triomphe du bien. L'action de
« l'Esprit du Seigneur remplit le monde » (Sg
1,7). Que les chrétiens, spécialement les laïcs,
« ne cachent pas cette espérance au fond d'eux-mêmes,
mais que, par une continuelle
conversion et par la lutte ‘‘contre les maîtres de ce
monde de ténèbres, contre les esprits
du mal'' (Ep 6,12), ils l'expriment aussi à
travers les structures de la vie séculière »(19).
12. Aucun homme ni
aucune femme de bonne volonté ne peut se soustraire à l'engagement
de lutter pour vaincre le mal par le bien. C'est un
combat qui ne se mène valablement qu'avec
les armes de l'amour. Quand le bien l'emporte sur le
mal, l'amour règne; et, où règne
l'amour, règne aussi la paix. Tel est
l'enseignement de l'Évangile, rappelé par le Concile
Vatican II: « La loi fondamentale de la perfection
humaine, et par conséquent de la
transformation du monde, est le commandement nouveau de
la charité »(20).
Cela est vrai aussi
dans le domaine social et politique. À ce propos, le Pape LéonXIII
écrivait que tous ceux qui ont le devoir de pourvoir au
bien de la paix dans les relations entre
les peuples doivent nourrir en eux et allumer chez les
autres « la charité, reine et maîtresse
de toutes les vertus ».(21) Que les chrétiens soient
les témoins convaincus de cette vérité!
Qu'ils sachent manifester par leur vie que l'amour est
l'unique force capable de conduire à la
perfection personnelle et sociale, l'unique dynamisme
en mesure de faire avancer l'histoire
vers le bien et vers la paix!
En cette année
consacrée à l'Eucharistie, les fils de l'Église trouveront dans le
Saint-
Sacrement de l'amour la source de toute communion:
de la communion avec Jésus
Rédempteur et, en lui, avec tout être humain. C'est en
vertu de la mort et de la résurrection
du Christ, rendues sacramentellement présentes en toute
célébration eucharistique, que nous
sommes sauvés du mal et rendus capables de faire le
bien. C'est en vertu de la vie nouvelle
dont il nous a fait le don, que nous pouvons nous
reconnaître frères, au-delà de toute
différence de langue, de nationalité, de culture. En un
mot, c'est en vertu de la participation
au même Pain et à la même Coupe que nous pouvons nous
reconnaître « famille de Dieu »
et apporter ensemble une contribution spécifique et
efficace à l'édification d'un monde fondé
sur les valeurs de la justice, de la liberté et de la
paix.
Du Vatican, le 8
décembre 2004.
JEAN-PAUL II